Mettre en sommeil sa société, c’est suspendre temporairement son activité sans la fermer définitivement. C’est une démarche encadrée par la loi, souvent méconnue, mais très utile pour un dirigeant qui traverse une période d’attente, de transition ou d’incertitude.
Mais attention : les règles ne sont pas les mêmes selon la forme juridique. Une SAS ou une SASU (forme unipersonnelle) obéit à un régime particulier, avec des conséquences concrètes à connaître sur les plans administratif, fiscal et juridique. Voici une définition complète de la mise en sommeil : Mise en sommeil d’une entreprise : définition, procédure et conséquences
Dans cet article, on vous guide pas à pas pour comprendre ce qui change pour une SASU ou une SAS, comment faire votre mise en sommeil en 2025, et quels pièges éviter.
Mise en sommeil d’une SASU : la procédure pas à pas
Mettre en sommeil une SASU consiste à déclarer la cessation temporaire de son activité auprès du Guichet unique des entreprises (remplaçant les anciens greffes depuis le 1er janvier 2023). L’objectif : figer la vie juridique de la société, tout en conservant sa personnalité morale. Elle reste immatriculée, mais n’exerce plus d’activité commerciale.
Voici les étapes à suivre :
1. Prendre une décision formelle
Même si vous êtes associé unique, une décision unilatérale de mise en sommeil doit être formalisée. Ce document acte la volonté de suspendre l’activité à une date précise.
💡 Exemple : Vous êtes associé unique d’une SASU de prestation de services. Vous décidez de suspendre votre activité à compter du 1er septembre 2025 pour prendre un congé parental. Vous rédigez un acte unilatéral de décision, daté et signé.
2. Remplir la formalité sur le Guichet unique
Depuis 2023, toute formalité de mise en sommeil doit être effectuée en ligne sur le site officiel formalites.entreprises.gouv.fr.
Vous devez :
- Sélectionner la formalité “Modification”
- Remplir une déclaration de cessation temporaire (ex-formulaire M2 dématérialisé)
- Joindre l’acte de décision
- Régler les frais de greffe de 185 € HT ➡️ Mise en sommeil d’une société : quels sont les frais à prévoir ?
🔗 Source officielle : Guichet unique – Mise en sommeil
3. La prise d’effet peut être antérieure
Vous pouvez fixer une date de prise d’effet antérieure à la date de dépôt. C’est souvent le cas lorsqu’on souhaite aligner la mise en sommeil avec la date de fin d’exercice comptable, ou avec un événement précis.
📌 Attention : c’est cette date de prise d’effet qui déclenche le décompte du délai légal de deux ans (article R.123-48 du Code de commerce). Passé ce délai, sans réactivation ou dissolution, la SASU est radiée d’office par le greffe.
🔗 Voir : Article R.123-48 Code de commerce – Légifrance
Mise en sommeil d’une SAS : obligations et précautions supplémentaires
La SAS (Société par Actions Simplifiée) fonctionne différemment de la SASU, car elle compte plusieurs associés. La procédure de mise en sommeil y est donc légèrement plus encadrée : elle suppose une décision collective, et une attention particulière à la gouvernance.
1. Décision prise selon les statuts
La mise en sommeil d’une SAS doit être décidée conformément aux règles de consultation définies dans les statuts. En l’absence de disposition particulière, la décision relève en principe de l’assemblée générale extraordinaire, ou du président si les statuts lui en donnent le pouvoir.
📌 Exemple : dans une SAS dont les statuts prévoient que toute modification de l’activité doit être votée à la majorité des 2/3 des associés, une AG doit être convoquée pour acter la mise en sommeil.
⚠️ Une simple décision unilatérale du président n’est pas suffisante sauf si les statuts le prévoient expressément.
2. Formalité au Guichet unique
Comme pour la SASU, la déclaration de mise en sommeil doit se faire sur le Guichet unique de l’INPI.
Les documents à fournir sont similaires :
- Procès-verbal de décision collective ou décision du président (selon les statuts),
- Déclaration en ligne,
- Paiement des frais de greffe de 185 € HT.
🧾 Source : Service public – Cessation temporaire d’activité
3. Points de vigilance spécifiques aux SAS
- Convention d’associés : s’il en existe une, elle peut prévoir des conséquences juridiques à l’arrêt temporaire d’activité (clause de retrait, clause de rachat forcé, etc.).
- Présence d’un CAC : si la SAS est dotée d’un commissaire aux comptes, ce dernier doit être informé de la mise en sommeil.
- Obligations fiscales et sociales : la SAS continue d’être tenue de produire certaines déclarations même sans activité (voir section dédiée plus bas).
Conséquences juridiques et fiscales d’une mise en sommeil de SAS / SASU
Contrairement à une idée reçue, mettre en sommeil une SASU ou une SAS ne signifie pas “geler” complètement l’entreprise. Certaines obligations juridiques, comptables et fiscales demeurent, même en l’absence d’activité. Ne pas les respecter peut entraîner des pénalités ou une radiation d’office.
La personnalité morale reste active
En mise en sommeil, la société conserve sa personnalité morale : elle reste immatriculée au registre du commerce et des sociétés (RCS), continue à exister juridiquement, mais n’a plus d’activité commerciale ou libérale déclarée.
Cela signifie notamment que :
- Elle peut toujours recevoir du courrier.
- Elle peut être tenue responsable d’actes antérieurs.
- Elle doit maintenir ses obligations minimales.
💡 Exemple concret : une SASU mise en sommeil en janvier 2025 peut tout à fait être destinataire d’un contrôle fiscal sur les exercices antérieurs.
Le dépôt des comptes reste obligatoire
Même en l’absence d’activité, les sociétés commerciales comme les SASU et SAS doivent déposer leurs comptes annuels chaque année si elles clôturent un exercice.
C’est une obligation prévue par l’article L.232-21 du Code de commerce, qui ne cesse pas en cas de mise en sommeil.
📌 Attention : les greffes peuvent déclencher une procédure de mise en demeure puis de radiation d’office si cette formalité n’est pas respectée deux années de suite.
👉 Un dépôt de comptes “sans activité” est parfaitement accepté, à condition que les documents soient produits (bilan, compte de résultat, etc.).
Déclarations fiscales et sociales : une vigilance à avoir
La SAS ou SASU en sommeil n’a plus à payer de TVA ou d’impôt sur les sociétés (IS) si elle n’a aucune recette, mais elle reste tenue de produire certaines déclarations fiscales “néant”.
Notamment :
- TVA : dépôt d’une déclaration même à zéro (formulaire CA3 mensuel ou trimestriel selon le régime),
- IS : dépôt de la liasse fiscale (liasse simplifiée possible en absence d’activité),
- DSN : uniquement si du personnel est encore déclaré.
👉 Si vous ne produisez pas ces déclarations, même à néant, vous encourez des amendes forfaitaires automatiques (souvent 60 à 150 € par manquement).
Quid de la CFE ?
La Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) est due uniquement si l’entreprise a eu une activité ou des locaux utilisés à titre professionnel. En cas de mise en sommeil avec chiffre d’affaires nul, vous pouvez être exonéré.
Il est impératif de faire une demande d’exonération auprès du SIE compétent (Service des Impôts des Entreprises) dès la première année de sommeil.
🔗 Bofip – Exonération de la CFE en cas de cessation d’activité
Combien de temps une SAS ou SASU peut-elle rester en sommeil ?
La mise en sommeil d’une société n’est pas une solution définitive. Elle permet simplement de suspendre l’activité sans radier la structure, mais elle est limitée dans le temps.
Une durée maximale de 2 ans
Pour toutes les sociétés commerciales immatriculées au RCS — donc y compris les SASU et les SAS — la mise en sommeil est limitée à deux années consécutives. Ce plafond est fixé par l’article R. 123-48 du Code de commerce.
Pour en savoir plus : Combien de temps une société peut-elle rester en mise en sommeil ?
À l’issue de cette période, trois options s’offrent au dirigeant :
- Reprendre l’activité (via une déclaration de reprise d’activité sur le Guichet unique),
- Dissoudre volontairement la société (procédure de liquidation amiable),
- Ne rien faire… mais dans ce cas, le greffe peut engager une procédure de radiation d’office pour absence prolongée d’activité.
⚠️ La radiation d’office, bien que rare, a des conséquences importantes : la société est supprimée du RCS, ce qui empêche toute activité future sous la même immatriculation. Elle ne dispense pas non plus le dirigeant de clôturer les comptes ni d’établir les déclarations fiscales antérieures.
Attention à la date déclarée
La date de départ des 2 ans n’est pas celle du PV de décision, mais celle enregistrée au moment de la déclaration au Guichet unique de l’INPI.
✅ Exemple : si vous décidez en assemblée générale de mettre votre société en sommeil le 15 juillet 2025, mais que vous ne réalisez la formalité en ligne que le 10 août 2025, le point de départ officiel sera le 10 août 2025.
Peut-on antidater la mise en sommeil ?
Oui, il est possible d’indiquer une date de prise d’effet antérieure à la date du jour au moment de remplir le formulaire de mise en sommeil.
🧾 Exemple : vous réalisez la formalité le 15 juillet 2025, mais souhaitez que la mise en sommeil prenne effet au 1er janvier 2025, pour refléter la réalité économique (absence d’activité depuis le début d’année). C’est parfaitement légal, tant que la déclaration est cohérente et que les obligations fiscales ont été respectées.









